Virement envoyé au mauvais IBAN : comment récupérer son argent
Un chiffre inversé, un RIB copié depuis le mauvais courriel, et l’argent part sur un compte qui n’est pas le bon. La banque n’est en principe pas responsable de l’erreur, mais elle a l’obligation de tenter de récupérer les fonds, et le bénéficiaire, lui, n’a aucun droit de les garder.
Le virement est parti, la confirmation s’affiche, puis le doute s’installe : le propriétaire n’a rien reçu, l’artisan réclame toujours son acompte, et en relisant l’IBAN, deux chiffres sont inversés. Ou pire, le RIB venait d’un courriel qui n’était pas celui du fournisseur.
La situation n’est pas perdue, mais elle se joue sur quelques jours. La banque n’est pas responsable de votre erreur, mais elle doit tenter de récupérer les fonds, et le titulaire du compte crédité n’a aucun droit de les garder. Encore faut-il enclencher les bonnes démarches, dans le bon ordre.
Pourquoi le virement est-il parti malgré un IBAN erroné
Un IBAN français compte 27 caractères, dont deux chiffres de contrôle placés juste après le code pays. Ce système détecte l’immense majorité des fautes de frappe : un IBAN dont la clé ne tombe pas juste est rejeté avant même de quitter votre banque. Si votre virement est parti, c’est donc que l’IBAN saisi était techniquement valide.
Trois situations expliquent un virement parti vers le mauvais compte :
- deux erreurs qui se compensent, cas rare mais possible, qui aboutissent à un IBAN valide appartenant à un inconnu ;
- le mauvais RIB utilisé, par exemple l’ancien compte d’un proche, un bénéficiaire enregistré de longue date ou le RIB d’une autre facture ;
- un RIB falsifié envoyé par un fraudeur qui s’est fait passer pour votre bailleur, votre notaire ou un fournisseur.
Si l’IBAN désigne un compte clôturé ou inexistant dans la banque destinataire, le virement revient en général de lui-même sous quelques jours ouvrés, sans démarche de votre part. Les causes de rejet de ce type sont détaillées dans notre article sur le virement bancaire refusé.
Les délais : ce qui se joue dans les premières heures
La vitesse de réaction pèse davantage que tout le reste. Un virement SEPA classique est crédité au plus tard le jour ouvrable suivant, un virement instantané en une dizaine de secondes. Une fois l’argent sur le compte du bénéficiaire, il ne peut plus être repris sans son accord, et chaque jour qui passe augmente le risque qu’il soit dépensé ou transféré ailleurs.
| Type de virement | Crédit chez le bénéficiaire | Peut-on l’annuler ? | Démarche possible |
|---|---|---|---|
| Virement programmé à date future | à la date choisie | oui, jusqu’à la veille ouvrable | révocation dans l’espace client ou en agence |
| Virement SEPA immédiat | jour ouvrable suivant au plus tard | non, dès réception de l’ordre | demande de rappel des fonds |
| Virement instantané | une dizaine de secondes | jamais | demande de rappel des fonds |
| Virement international hors SEPA | deux à cinq jours ouvrés, parfois plus | selon la banque, rarement | demande de rappel, souvent plus longue |
Un virement programmé est le seul qui laisse une vraie marge : il reste révocable jusqu’à la fin du jour ouvrable qui précède la date d’exécution. Pour tous les autres, on ne parle plus d’annulation mais de rappel, une demande que votre banque transmet à celle du bénéficiaire.
La démarche auprès de votre banque, pas à pas
La banque est votre seul interlocuteur au départ : vous ne connaissez ni l’identité ni les coordonnées du titulaire du compte crédité, et sa banque ne vous les donnera pas directement.
Votre banque transmet alors la demande à la banque destinataire, qui contacte son client. Trois issues sont possibles : le titulaire accepte et les fonds reviennent, il refuse, ou il ne répond pas. Dans les deux derniers cas, la banque destinataire ne peut pas débiter le compte de son client sans son accord. La procédure bancaire s’arrête là.
La loi prévoit alors une contrepartie : si les fonds ne peuvent pas être récupérés, votre banque doit vous communiquer, sur demande écrite, toutes les informations dont elle dispose pour vous permettre d’agir en justice, à commencer par l’identité du titulaire du compte. Faites cette demande explicitement, elle n’est pas toujours proposée spontanément.
Le bénéficiaire refuse de rendre l’argent : vos recours
Le droit est clairement de votre côté. Le Code civil pose une règle simple : celui qui reçoit par erreur ce qui ne lui est pas dû doit le restituer. C’est l’action en répétition de l’indu. Peu importe que le bénéficiaire soit de bonne foi, qu’il n’ait rien demandé ou qu’il ait déjà dépensé la somme, l’obligation de rembourser demeure.
Une fois son identité connue grâce à votre banque, la montée en puissance suit un ordre logique :
- un courrier simple ou un courriel courtois, beaucoup de bénéficiaires n’ont tout simplement pas vu passer la somme ou n’ont pas compris la demande de leur banque ;
- une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, qui rappelle le montant, la date, l’obligation de restitution et fixe un délai ;
- une tentative de résolution amiable par un conciliateur de justice, gratuite, et en principe exigée avant de saisir le juge pour un litige jusqu’à 5 000 € ;
- l’action en justice devant le tribunal judiciaire, par exemple par une requête en injonction de payer, une procédure écrite et peu coûteuse adaptée aux sommes non contestables.
Pour une somme jusqu’à 5 000 €, la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, conduite par un commissaire de justice, permet aussi d’obtenir un accord de paiement sans passer devant le juge, à condition que le débiteur l’accepte. Pour un montant important ou un dossier compliqué, un avocat vous indiquera la voie la plus adaptée.
Erreur de saisie ou fraude au faux RIB : deux situations très différentes
Un IBAN que vous avez mal recopié et un IBAN substitué par un escroc ne se traitent pas de la même façon. Dans le second cas, l’argent est parti vers un compte ouvert pour être vidé, souvent dans l’heure, parfois après un passage par plusieurs comptes successifs. Les chances de récupération fondent très vite.
Face à faceErreur de saisie ou fraude
AErreur de saisie
- bénéficiaire en général de bonne foi, souvent joignable
- restitution obtenue dans de nombreux cas après la demande de la banque
- recours civil simple en cas de refus
- délai de réaction confortable si l’on agit dans la semaine
BFraude au faux RIB
- compte ouvert ou utilisé pour faire disparaître l’argent
- rappel des fonds à tenter dans l’heure, pas dans la semaine
- plainte indispensable, en ligne ou au commissariat
- pas de remboursement automatique, le virement ayant été validé par vous
La fraude au faux RIB suit presque toujours le même scénario : un courriel qui semble venir d’un interlocuteur connu annonce un changement de coordonnées bancaires, parfois en pleine transaction, avec une urgence soigneusement mise en scène. Face à ce message, un seul réflexe : appeler l’interlocuteur à un numéro que vous connaissez déjà, jamais celui qui figure dans le courriel suspect.
En cas de fraude, prévenez votre banque immédiatement, puis déposez plainte en conservant tous les éléments : courriel frauduleux avec ses en-têtes, facture, historique des échanges. Selon les circonstances, notamment si la banque a ignoré des signaux d’alerte évidents ou si la boîte mail de l’entreprise a été piratée, la responsabilité d’un tiers peut être recherchée, une question à examiner avec un avocat ou votre assurance protection juridique.
La vérification du bénéficiaire, un filet de sécurité à ne pas ignorer
Depuis octobre 2025, un règlement européen impose aux banques de la zone euro de vérifier la concordance entre le nom saisi et le titulaire réel de l’IBAN avant chaque virement SEPA, classique comme instantané. Avant validation, votre application affiche l’un de ces résultats : correspondance, correspondance partielle avec le nom proposé, absence de correspondance, ou vérification impossible.
Ce contrôle, gratuit, arrête la plupart des erreurs de saisie et bon nombre de fraudes au faux RIB. Il a toutefois une conséquence juridique qu’on ignore souvent : si vous confirmez un virement malgré un avertissement, la banque n’est pas responsable de l’erreur qui en découle. Une alerte de non-correspondance mérite un appel au destinataire avant de valider, surtout pour un montant important.
Prévenir l’erreur la prochaine fois
La plupart des erreurs d’IBAN naissent d’une saisie manuelle ou d’un RIB récupéré à la hâte. Quelques habitudes simples réduisent le risque presque à zéro :
- copier-coller l’IBAN depuis un document officiel plutôt que le retaper, puis relire les quatre derniers caractères ;
- nommer clairement chaque bénéficiaire enregistré et supprimer les anciens comptes d’un proche ou d’un fournisseur ;
- se méfier de tout changement de RIB annoncé par courriel ou SMS, et le confirmer par téléphone à un numéro connu ;
- tester avec un petit montant avant un gros virement vers un nouveau bénéficiaire, un acompte de travaux ou un dépôt de garantie ;
- garder les confirmations d’ordre de virement, qui serviront de preuve en cas de litige.
Les mêmes réflexes de vérification valent pour les paiements par carte : si une transaction échoue alors que votre solde est suffisant, notre article sur la carte bancaire refusée alors qu’il y a de l’argent passe en revue les causes les plus courantes.
Quand la banque traîne : médiateur et réclamation
Si votre banque tarde à transmettre la demande de rappel, refuse de vous communiquer les informations sur le bénéficiaire après un échec ou ne répond pas, adressez d’abord une réclamation écrite au service client, puis au service réclamations dont les coordonnées figurent dans votre convention de compte. La banque dispose en principe de quinze jours ouvrables pour répondre à une réclamation portant sur un service de paiement, trente-cinq dans des cas exceptionnels.
Sans réponse satisfaisante, le médiateur bancaire de votre établissement peut être saisi gratuitement, en ligne ou par courrier. Il ne pourra pas forcer le bénéficiaire à rembourser, mais il peut obtenir que la banque remplisse ses obligations : diligence dans le rappel des fonds, transmission des informations utiles, justification des frais facturés.
L’ordre à retenir tient en une ligne : banque le jour même, confirmation écrite, demande d’identité du bénéficiaire en cas d’échec, courrier amiable, mise en demeure, conciliateur, puis juge. En cas de fraude, la plainte s’ajoute dès le premier jour.
Vos questions
Questions fréquentes
Peut-on annuler un virement déjà envoyé au mauvais IBAN ?
Combien de temps faut-il pour récupérer un virement envoyé par erreur ?
La banque peut-elle me facturer la demande de récupération des fonds ?
Le bénéficiaire a-t-il le droit de garder l’argent reçu par erreur ?
Que faire si l’IBAN a été modifié par un escroc dans une facture ou un courriel ?
La vérification du nom du bénéficiaire protège-t-elle contre les erreurs d’IBAN ?
Sujets liés
À lire dans la foulée