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Pourquoi l’eau de mer est salée et ce que cela change

L’eau des océans contient en moyenne 35 grammes de sels dissous par kilogramme, mais cette valeur cache une mécanique planétaire complexe. Des roches aux grands courants, la salinité façonne la densité de l’eau, le climat et les espèces qui peuvent vivre sous la surface.

Vagues translucides sur une côte rocheuse montrant la texture et les reflets de l’eau de mer salée
Vagues translucides sur une côte rocheuse montrant la texture et les reflets de l’eau de mer salée
La rédaction de Deug Mis à jour le 12 min de lecture

La salinité des océans : 35 grammes de sels dans un kilo d’eau

Dire que l’eau de mer est salée est juste, mais un peu court. En océanographie, on parle de salinité : c’est la quantité totale de substances dissoutes dans l’eau, principalement des sels minéraux. Dans l’océan ouvert, la valeur moyenne tourne autour de 35 grammes par kilogramme d’eau, soit environ 3,5 % de la masse.

Ce chiffre ne signifie pas que l’eau de mer est constituée de 35 grammes de sel de cuisine pur. Le chlorure de sodium, le fameux sel de table, domine largement, mais il est accompagné de chlorures, de sulfates, de magnésium, de calcium, de potassium et de nombreux éléments présents à l’état de traces.

Composant dissous majeurPart approximative des sels dissousRôle ou origine principale
ChlorureEnviron 55 %Issu en partie de l’activité volcanique ancienne et du cycle géologique
SodiumEnviron 31 %Libéré par l’altération des roches continentales
SulfateEnviron 8 %Roches, volcanisme et transformations chimiques marines
MagnésiumEnviron 4 %Érosion des roches et échanges avec les fonds océaniques
Calcium, potassium et autres ionsQuelques pourcentsÉrosion, sédiments, sources hydrothermales, vivant marin

Les scientifiques expriment souvent cette mesure en g/kg ou en unités de salinité pratique. Cette précision compte : un litre d’eau de mer ne pèse pas exactement un kilogramme, car le sel, la température et la pression modifient sa densité.

Des roches aux fleuves : l’origine géologique du sel marin

La première source de sel se trouve sur les continents. La pluie capte du dioxyde de carbone dans l’air et les sols, ce qui la rend légèrement acide. En ruisselant sur les roches, elle les use très lentement : ce phénomène d’altération chimique libère des ions minéraux.

Les rivières transportent alors du sodium, du calcium, du magnésium, des bicarbonates et bien d’autres éléments vers les mers. Elles paraissent douces parce que leur concentration en sels dissous est très faible face à celle de l’océan, généralement de quelques dizaines à quelques centaines de milligrammes par litre selon les bassins. Mais leur débit cumulé agit depuis des millions d’années.

Les fonds marins apportent aussi leur part. Au niveau des dorsales océaniques, l’eau s’infiltre dans les fractures de la croûte, se réchauffe au contact des roches et ressort chargée d’éléments chimiques par des sources hydrothermales. Les volcans sous-marins et les dégazages anciens ont également contribué au stock de chlorures présent dans les océans.

Pour autant, l’océan ne devient pas indéfiniment plus salé. Des mécanismes retirent des ions de l’eau : précipitation de minéraux dans les sédiments, incorporation dans les coquilles et squelettes, fixation par certains organismes, échanges chimiques avec les roches océaniques. La salinité globale résulte donc d’un équilibre lent entre apports et retraits, pas d’une simple accumulation sans fin.

Pourquoi les fleuves restent doux alors que l’océan concentre les sels

L’explication tient au grand cycle de l’eau. Le Soleil évapore l’eau des océans, mais les sels dissous ne s’évaporent pratiquement pas : ils restent dans la mer. La vapeur se condense, forme des nuages, retombe en pluie ou en neige puis alimente les nappes, les cours d’eau et les glaciers avec une eau très peu minéralisée.

Les fleuves ramènent ensuite une petite fraction des minéraux arrachés aux roches. Dans l’océan, l’eau repart continuellement vers l’atmosphère tandis que les sels restent majoritairement sur place. C’est ce tri naturel, répété à l’échelle géologique, qui explique l’écart entre eau douce et eau salée.

La formule « l’océan est salé parce qu’il s’évapore » reste toutefois incomplète. Sans les ions livrés par les continents et les fonds marins, l’évaporation ne pourrait rien concentrer. Sans les mécanismes qui évacuent une partie de ces ions dans les sédiments et les roches, la composition de l’eau marine ne resterait pas aussi stable à long terme.

Face à faceEau douce et eau de mer : ce qui les distingue vraiment

AEau douce

  • salinité généralement inférieure à 0,5 g/kg
  • renouvellement rapide par les précipitations et les écoulements
  • adaptée à des organismes qui doivent éviter l’entrée massive d’eau dans leurs cellules

BEau de mer

  • salinité moyenne proche de 35 g/kg en haute mer
  • sels concentrés par l’évaporation et accumulés sur des temps géologiques
  • adaptée à des organismes capables de gérer une forte pression osmotique

Pourquoi la salinité varie d’une mer à l’autre et selon les saisons

Les 35 g/kg constituent une moyenne mondiale, pas une règle valable partout. La salinité de surface dépend principalement de l’équilibre local entre évaporation, précipitations, apports des fleuves, fonte ou formation de glace et brassage par les courants.

Dans les zones subtropicales chaudes et sèches, l’évaporation est souvent plus forte que la pluie : l’eau se concentre en sels. La Méditerranée affiche ainsi fréquemment des valeurs supérieures à la moyenne océanique, souvent autour de 36 à 39 g/kg selon le secteur et la profondeur. La mer Rouge, très chaude, peu alimentée par les fleuves et relativement isolée, peut dépasser 40 g/kg dans certaines zones.

À l’inverse, les fortes pluies équatoriales, l’embouchure des grands fleuves et la fonte de la banquise ou des glaciers diluent l’eau de surface. La mer Baltique est très peu salée en comparaison de l’Atlantique : ses eaux peuvent descendre à quelques g/kg dans les secteurs les plus influencés par les fleuves, avec de grands écarts selon les bassins.

Situation ou milieuTendance de salinitéMécanisme dominantConséquence visible
Océan ouvert tempéréAutour de 35 g/kgBilan global assez équilibréFaible variation loin des côtes
Zone subtropicale arideSouvent supérieure à 35 g/kgForte évaporation, peu de pluieEau plus dense en surface ou en profondeur selon le brassage
EstuaireTrès variable, de presque 0 à plus de 30 g/kgRencontre d’un fleuve et de la merGradient favorable aux espèces tolérantes
Région polaire en étéSouvent plus faible en surfaceFonte de glace et apports d’eau douceCouche superficielle moins dense
Formation de banquisePlus élevée dans l’eau voisineLe sel est en grande partie rejeté lors du gelEau froide, dense, susceptible de plonger

La température intervient elle aussi. Une eau chaude est moins dense qu’une eau froide ; une eau salée est plus dense qu’une eau douce. Lorsque ces différences empêchent les couches d’eau de se mélanger, on parle de stratification. Elle peut limiter la remontée des nutriments ou l’oxygénation des eaux profondes, selon les lieux et les saisons.

Densité, glace et courants : le sel comme moteur discret de l’océan

Le sel modifie la physique de l’eau. À température égale, l’eau salée est plus dense que l’eau douce. Cette différence paraît modeste à l’échelle d’un verre, mais elle suffit à mettre en mouvement des masses d’eau gigantesques lorsque la température et la salinité varient sur des milliers de kilomètres.

Dans les hautes latitudes, l’eau de surface se refroidit. Lorsqu’elle devient assez froide et assez salée, elle gagne en densité et plonge. Ailleurs, des eaux plus légères remontent ou circulent en profondeur. Ce système, associé aux vents et à la rotation de la Terre, participe à la circulation thermohaline, un vaste ensemble de courants qui redistribue chaleur, oxygène, nutriments et carbone.

Le sel abaisse également le point de congélation. Une eau de mer de salinité proche de 35 g/kg commence à geler vers -1,9 °C, contre 0 °C pour de l’eau douce. Lors de la formation de la banquise, une grande partie des sels est expulsée dans l’eau liquide alentour. Cette saumure plus dense peut s’enfoncer et alimenter la circulation profonde.

Il ne faut pas imaginer un unique « tapis roulant » parfaitement régulier qui ferait le tour du globe. Les courants sont multiples, changeants et influencés par les reliefs sous-marins, les vents, les saisons et les échanges entre bassins. Mais la salinité reste l’un des paramètres fondamentaux suivis par les océanographes, avec la température, l’oxygène et le pH.

Osmose et biodiversité : comment les espèces vivent dans l’eau salée

Pour un organisme, la salinité n’est pas un décor : c’est une contrainte vitale. À travers les membranes cellulaires, l’eau tend à se déplacer vers le milieu le plus concentré en sels. Ce phénomène, l’osmose, peut déshydrater des cellules ou au contraire les faire gonfler si l’animal, la plante ou le micro-organisme ne régule pas ses échanges.

Les poissons osseux marins, par exemple, perdent de l’eau vers le milieu environnant. Ils boivent donc de l’eau de mer et éliminent l’excès de sel grâce à leurs branchies et à leurs reins. Les poissons d’eau douce font l’inverse : l’eau entre spontanément dans leur organisme, qu’ils doivent débarrasser du surplus tout en captant les sels rares dont ils ont besoin.

Certains animaux, comme les requins et les raies, emploient une stratégie différente : ils maintiennent dans leurs fluides corporels des molécules, notamment de l’urée, qui rapprochent leur concentration interne de celle de l’eau de mer. Les mollusques, crustacés, algues et microbes disposent eux aussi de mécanismes spécifiques, mais leur tolérance varie énormément.

Les estuaires sont des laboratoires naturels de cette adaptation. La salinité y fluctue au rythme des marées, des crues et des sécheresses. Les espèces dites euryhalines, comme certaines huîtres, mulets ou crabes selon les espèces, supportent des écarts relativement larges. Les espèces sténohalines, elles, ont besoin d’une plage de salinité étroite.

Cette contrainte explique pourquoi déplacer un animal marin dans de l’eau douce, ou un poisson d’eau douce dans l’océan, peut le mettre rapidement en danger. Une acclimatation très progressive est parfois possible chez certaines espèces, mais elle ne transforme pas un animal en organisme universellement adapté.

De la surface aux abysses : les effets sur les chaînes alimentaires

La salinité agit aussi sur la répartition des espèces et la productivité des mers. En modifiant la densité, elle détermine si les couches d’eau se mélangent. Or ce mélange peut faire remonter vers la lumière des nutriments accumulés en profondeur, indispensables au phytoplancton, base de nombreuses chaînes alimentaires marines.

Dans les régions où les eaux profondes riches en nutriments remontent vers la surface, le plancton peut se développer fortement, ce qui nourrit ensuite zooplancton, poissons, oiseaux et mammifères marins. La salinité n’est jamais le seul facteur : lumière, température, courants, fer, azote, phosphore et pression de pêche comptent aussi. Mais elle contribue à régler l’accès aux ressources.

Dans les lagunes, marais salants, mangroves et estuaires, les gradients de salinité créent une mosaïque d’habitats. Cette diversité peut être très riche, à condition que les variations restent compatibles avec les cycles de reproduction, les larves et la végétation locale. Les jeunes stades de nombreux organismes sont souvent plus sensibles que les adultes.

Les herbiers marins, les récifs coralliens, les marais littoraux et les zones humides côtières n’ont pas les mêmes besoins. Une modification durable des apports d’eau douce, due à un barrage, à un pompage massif ou à la transformation d’un estuaire, peut déplacer la frontière entre espèces marines et espèces d’eau saumâtre.

Réchauffement, fonte des glaces et dessalement : des équilibres qui se déplacent

Le changement climatique ne transforme pas simplement tous les océans en eaux plus salées. Il accentue surtout le cycle de l’eau : là où l’évaporation domine déjà, la salinité de surface tend à augmenter ; là où les pluies, les fleuves ou la fonte des glaces apportent beaucoup d’eau douce, elle tend à diminuer. Les courants redistribuent ensuite ces signaux, ce qui rend chaque bassin particulier.

Une couche de surface moins salée est aussi moins dense. Dans certaines régions, cela peut renforcer la stratification et rendre plus difficile le mélange avec les eaux profondes. Les effets possibles concernent alors l’oxygène, l’arrivée des nutriments en surface et la formation d’eaux denses aux hautes latitudes. L’ampleur de ces phénomènes dépend des zones et ne se résume pas à une seule tendance mondiale.

Les activités humaines modifient aussi la salinité localement. Un barrage retient une part de l’eau douce et des sédiments ; un prélèvement pour l’irrigation réduit le débit d’un fleuve ; le rejet de saumure d’une usine de dessalement augmente la salinité à proximité immédiate du point de rejet si la diffusion est insuffisante. Ces impacts se gèrent par le choix du site, la dilution, le suivi des masses d’eau et la protection des habitats sensibles.

Le dessalement produit de l’eau douce à partir de l’eau de mer, le plus souvent grâce à des membranes d’osmose inverse. C’est une ressource utile dans certains territoires, mais elle demande de l’énergie et génère une saumure concentrée. Son développement doit donc intégrer le coût énergétique, la gestion des produits de traitement et les conditions de rejet marin.

Mesurer la salinité et éviter les fausses bonnes idées

Les océanographes mesurent la salinité avec des capteurs qui évaluent notamment la conductivité électrique : plus l’eau contient d’ions, mieux elle conduit le courant. Les prélèvements sont associés à la température, à la pression, à la profondeur et aux coordonnées du point de mesure. Des flotteurs autonomes, bouées, navires et satellites fournissent des observations complémentaires.

Pour un aquarium marin, un aquariophile utilise généralement un réfractomètre ou un conductimètre calibré. La stabilité est souvent plus sûre qu’une correction brutale : une évaporation retire de l’eau mais laisse les sels, il faut donc compléter avec de l’eau douce adaptée, non pas ajouter du sel à l’aveugle. Le niveau de salinité visé dépend précisément des espèces maintenues.

Dans la nature, « remettre de l’eau douce » ou « ajouter du sel » n’est pas une solution simpliste à un déséquilibre d’estuaire ou de lagune. Il faut regarder les débits, les marées, les ouvrages hydrauliques, les périodes de reproduction et les espèces concernées. Les collectivités s’appuient alors sur des hydrologues, écologues et gestionnaires de milieux littoraux.

L’eau de mer est donc salée parce que la planète dissout, transporte, concentre et recycle des minéraux depuis des temps immenses. Cette salinité n’est ni un détail de goût ni une propriété figée : elle organise la circulation de l’océan, délimite des habitats et impose à chaque organisme une délicate gestion de l’eau et des sels.

Vos questions

Questions fréquentes

Pourquoi l’eau de mer est-elle salée alors que la pluie est douce ?
La pluie est douce parce que l’évaporation emporte presque uniquement les molécules d’eau, pas les sels dissous. En retombant sur les continents, elle use lentement les roches et se charge en minéraux. Les fleuves les acheminent vers la mer, où l’eau s’évapore de nouveau tandis que la plupart des sels restent. Ce cycle concentre progressivement les sels dans les océans, tout en les renouvelant à très long terme.
Quelle est la salinité moyenne de l’eau de mer ?
La salinité moyenne de l’océan ouvert est proche de 35 grammes de sels dissous par kilogramme d’eau, soit environ 3,5 %. Cette valeur varie fortement : elle augmente dans les mers chaudes et très évaporées, et baisse près des grands fleuves, dans les zones de fortes pluies ou lors de la fonte des glaces. Une mesure doit toujours être interprétée avec la profondeur, la saison et le lieu.
Est-ce que tous les océans ont la même quantité de sel ?
Non. Les océans communiquent entre eux et leur composition générale est proche, mais la salinité locale change selon le climat et les apports d’eau douce. La Méditerranée et la mer Rouge sont globalement plus salées que l’océan moyen, car l’évaporation y est forte. La mer Baltique est bien moins salée, notamment en raison des fleuves et des échanges limités avec l’Atlantique.
Pourquoi l’eau de mer ne gèle-t-elle pas à 0 °C ?
Les sels dissous abaissent le point de congélation de l’eau. À une salinité voisine de 35 g/kg, l’eau de mer commence à former de la glace autour de -1,9 °C, plutôt qu’à 0 °C. En gelant, elle expulse une grande part des sels dans l’eau restante. Cette eau très froide et plus salée devient dense, ce qui peut contribuer aux mouvements d’eau profonde dans les régions polaires.
Peut-on boire de l’eau de mer en petite quantité ?
Boire de l’eau de mer pour s’hydrater est une mauvaise idée, même en petite quantité répétée. Sa forte concentration en sel oblige les reins à utiliser davantage d’eau pour éliminer l’excès de sodium, ce qui peut aggraver la déshydratation. En cas de soif, de malaise ou de situation de survie, il faut rechercher une source d’eau douce sûre et demander conseil aux secours ou à un professionnel de santé si nécessaire.

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