Pêche au calamar : techniques, matériel et bons spots
Le calmar se mérite : il faut faire passer une turlutte à la bonne profondeur, au bon rythme et près des zones qu’il fréquente. Du choix du matériel aux gestes pour détecter une touche discrète, ce guide livre une méthode complète, depuis la côte comme en bateau.
Le calmar ne mord pas comme un bar et ne se pêche pas au hasard au fond de l’eau. Ce prédateur visuel poursuit des poissons-fourrage, des crevettes et de petits céphalopodes ; il repère une turlutte qui nage juste, puis la saisit avec ses tentacules. La régularité des animations, la prospection méthodique des profondeurs et le choix du bon poste font beaucoup plus que la couleur prétendument miraculeuse d’un leurre.
La technique la plus accessible est l’eging, une pêche active à la turlutte depuis une digue, une plage rocheuse ou un bateau. On peut aussi employer une turlutte sous un petit lest ou un jig vertical en embarcation. Quelle que soit la méthode, le principe reste le même : imiter une proie vulnérable, puis marquer des pauses assez longues pour laisser le calmar attaquer.
Comprendre le comportement du calmar pour le trouver
Le calmar se déplace volontiers là où il peut à la fois chasser et se tenir à l’abri : ruptures de profondeur, bordures de chenal, tombants rocheux, entrées de port ouvertes sur la mer, digues, herbiers et zones où se concentrent les alevins. Il n’est pas rivé au fond. Selon la lumière, la marée, la transparence de l’eau et l’activité des proies, il peut se tenir entre deux eaux ou monter chasser très près de la surface.
Cherchez d’abord les signes de nourriture : petits poissons qui frémissent près d’une lumière, chasses discrètes, oiseaux qui travaillent au large, bancs visibles dans une eau claire. Une arrivée d’eau propre et un courant modéré peuvent concentrer les proies. À l’inverse, une eau très teintée par les apports terrestres et un courant brutal compliquent la pêche depuis le bord.
Les zones éclairées attirent souvent le plancton, puis les petits poissons, et enfin les calmars. Mais un projecteur ne remplace pas un bon poste : prospectez surtout la limite entre lumière et obscurité, là où un prédateur peut surgir sans être exposé. Restez à distance du faisceau et évitez d’éclairer sans cesse l’eau avec votre lampe frontale.
Saisons, météo, marées et horaires de pêche nocturne
Sur les façades Manche et Atlantique, la pêche du calmar depuis le bord est fréquemment productive de l’automne au printemps, avec des variations sensibles selon les secteurs. En Méditerranée, les occasions peuvent s’étaler davantage, mais les passages, les températures et la disponibilité des proies modifient fortement l’activité. Un pêcheur qui note ses sorties repère vite les semaines réellement favorables sur son secteur.
Le crépuscule est un excellent point de départ. Commencez idéalement 30 à 60 minutes avant la nuit, restez pendant les premières heures d’obscurité et testez aussi l’aube. La pleine nuit peut être très bonne près des lumières portuaires autorisées, tandis qu’une nuit noire favorise les turluttes contrastées ou phosphorescentes. Une lune forte peut faciliter la prospection sur les postes naturels, mais elle ne garantit rien à elle seule.
La marée est surtout intéressante parce qu’elle met l’eau et les proies en mouvement. Depuis une jetée ou un enrochement, privilégiez les périodes où le courant reste pêchable : une tresse qui dérive en permanence empêche de sentir les touches et de contrôler la nage. Autour de l’étale, prospectez les zones profondes ; pendant le courant établi, visez les contre-courants, les angles de digue et les cassures.
Le vent joue un rôle concret. Une mer peu agitée rend la bannière lisible et les animations précises. Avec un vent latéral, alourdissez légèrement la turlutte, raccourcissez la distance de lancer et placez-vous de façon à garder la ligne sous contrôle. Une houle qui déferle contre les rochers est dangereuse et brouille la détection : ce n’est pas un poste à forcer.
Matériel de pêche au calamar : l’ensemble simple qui fonctionne
Du bord, une canne dédiée eging est confortable, mais une canne spinning sensible fait parfaitement l’affaire. Cherchez une longueur de 2,10 à 2,60 m : courte sur un quai encombré, plus longue pour lancer au-delà des rochers ou mieux contrôler la ligne. Une plage de puissance autour de 5-20 g, 7-21 g ou 7-28 g couvre la majorité des turluttes de taille 2,5 à 3,5.
Associez-la à un moulinet de taille 2000 à 3000, fluide et doté d’un frein progressif. Garnissez-le de tresse fine, généralement de PE 0,6 à 1,0 ou environ 0,10 à 0,14 mm selon les fabricants. Ajoutez 1,50 à 2 m de fluorocarbone de 0,25 à 0,33 mm, relié par un nœud compact ; un bas de ligne trop épais freine la nage, un diamètre trop fin souffre sur les roches et les moules.
La turlutte, ou egi, est un leurre en forme de crevette doté d’une couronne d’aiguillons sans ardillon à l’arrière. Sa taille est souvent exprimée selon une numérotation propre au monde de l’eging. Une taille 2,5 à 3,0 convient bien aux eaux calmes et peu profondes ; une 3,5 lance plus loin et tient mieux dans le courant ou quand il faut atteindre 5 à 10 m d’eau. Vérifiez le poids réel : il varie selon les modèles.
| Équipement | Choix polyvalent | Utilité | Budget indicatif |
|---|---|---|---|
| Canne | 2,10 à 2,60 m, 5-20 à 7-28 g | Lancer, animation et lecture des touches | 45 à 140 € |
| Moulinet | Taille 2000 à 3000 | Récupération fluide et frein régulier | 35 à 120 € |
| Tresse | PE 0,6 à 1,0 | Sensibilité et distance de lancer | 15 à 35 € |
| Fluorocarbone | 0,25 à 0,33 mm | Discrétion et résistance à l’abrasion | 8 à 20 € |
| Turluttes | Tailles 2,5, 3,0 et 3,5 | Adapter la descente, le courant et la profondeur | 7 à 18 € l’unité |
| Épuisette et pince | Manche adapté au poste | Débarquer et décrocher sans risque | 15 à 50 € |
Prévoyez une épuisette à manche assez long, surtout sur une digue. Ajoutez une pince pour manipuler la turlutte, une petite lampe frontale à faisceau rouge ou faible, un coupe-fil et un seau ou une glacière. La lampe ne sert pas à balayer l’eau sans arrêt : elle sert à sécuriser vos gestes, refaire un nœud et surveiller le sol.
Choisir ses turluttes selon l’eau, la profondeur et la lumière
Emportez peu de références, mais des leurres réellement complémentaires. Trois tailles et quatre coloris couvrent déjà beaucoup de situations : une imitation naturelle, une turlutte rose ou orange visible, un modèle sombre à fort contraste et un modèle phosphorescent ou à ventre lumineux. La finition UV peut aider dans une faible luminosité, sans rendre inutile un leurre sobre.
Le poids et la vitesse de descente comptent davantage que beaucoup de détails décoratifs. Une turlutte trop légère dérive, ne descend pas assez et vous fait perdre le contact. Une turlutte trop lourde tombe brutalement, s’accroche davantage et produit une nage peu naturelle en faible profondeur. Commencez équilibré, puis adaptez-vous au vent et au courant.
| Situation observée | Turlutte à privilégier | Animation et réglage |
|---|---|---|
| Eau claire, soleil ou pleine lune | Naturelle, bleue, verte ou translucide | Tirées courtes, pauses longues, présentation discrète |
| Ciel couvert, eau légèrement teintée | Rose, orange, rouge ou finition UV | Animation plus marquée pour être repérée |
| Nuit près d’une lumière | Sombre ou ventre lumineux | Prospecter l’ombre en priorité, descente contrôlée |
| Courant ou eau profonde | Taille 3,0 à 3,5, modèle plus dense | Bannière tendue, pauses plus courtes si la dérive est forte |
| Calmars suiveurs sans attaque | Taille ou couleur différente | Ralentir, réduire l’amplitude et allonger la pause |
Évitez de changer de turlutte toutes les trois minutes. Donnez au modèle choisi le temps de parcourir plusieurs couches d’eau et plusieurs angles du poste. Changez si vous ne maîtrisez pas la descente, si les suivis se répètent sans attaque ou si les conditions changent franchement.
Pêcher le calamar du bord : poste, lancer et animation eging
Depuis la côte, placez-vous là où vous pouvez lancer en sécurité, récupérer sans frotter immédiatement sur les rochers et utiliser une épuisette. Les extrémités de digue, les coins calmes d’un port où la pêche est permise, les pointes rocheuses et les plages bordées de blocs sont souvent intéressants. Méfiez-vous des quais privés, des zones de manœuvre, des accès fermés et des secteurs réservés à la navigation : un bon poste reste un poste autorisé.
Lancez en éventail. Effectuez trois ou quatre lancers vers la gauche, devant vous puis vers la droite, à des distances différentes. Laissez couler en comptant les secondes : ce décompte donne une profondeur relative que vous pourrez retrouver si une touche survient. Avec une turlutte de densité courante, comptez d’abord 5 secondes, puis 10, 15 et davantage jusqu’à approcher le fond sans le labourer.
L’animation eging de base tient en un cycle simple : deux petites tirées sèches du poignet, récupération de mou, puis pause. La canne monte d’environ 30 à 60 cm, pas besoin de fouetter vers le ciel. La turlutte bondit, se décale et redescend ; c’est justement lors de cette descente qu’elle est souvent prise.
Une autre animation très efficace consiste à relever doucement la canne sur un mètre, à moulinet lentement, puis à laisser redescendre bannière à peine tendue. Elle convient aux calmars méfiants, à l’eau calme et aux postes éclairés. Variez surtout la durée des pauses, de 2 à 8 secondes selon la profondeur. Si la touche intervient systématiquement à la pause, reproduisez exactement le même rythme.
Face à facePêche du calamar du bord ou en bateau
ADepuis le bord
- Budget et logistique limités, accès facile au crépuscule
- Très efficace sur digues, ports autorisés et zones de profondeur proche
- Moins de mobilité quand les calmars sont au large ou très profonds
BDepuis un bateau
- Accès direct aux tombants, chenaux et zones de pleine eau
- Pêche verticale précise, meilleure lecture des dérives
- Coût, sécurité, réglementation de navigation et maîtrise de l’ancrage à prévoir
Pêche en bateau : dérive lente, verticale et contrôle de la profondeur
En bateau, le gain majeur est la possibilité de suivre la profondeur et de changer de zone rapidement. Cherchez les cassures, les bordures de bancs, les épaves accessibles et autorisées, ou les zones où le sondeur montre des proies. Le sondeur localise surtout la profondeur, le relief et le poisson-fourrage : il ne confirme pas à lui seul la présence d’un calmar.
La dérive est souvent plus naturelle qu’un ancrage. Placez le bateau en amont de la zone, laissez la turlutte descendre jusqu’à la profondeur recherchée, puis accompagnez la dérive avec une ligne aussi verticale que possible. Si l’angle devient trop prononcé, vous ne pêchez plus la bonne couche d’eau : remontez et recommencez la dérive.
Une turlutte sur un montage lesté ou un jig adapté permet de travailler plus profond. Employez juste assez de poids pour maintenir le contact : souvent 10 à 30 g près de la côte, davantage seulement si la profondeur et la dérive l’exigent. Faites de courtes levées, gardez une légère tension à la descente et marquez quelques arrêts. Les grandes secousses répétées sont rarement nécessaires.
En présence de plusieurs pêcheurs, répartissez les profondeurs et les angles pour éviter les croisements. Ne laissez jamais une turlutte pendante à hauteur des mains pendant que le bateau roule. Gilet de flottabilité, coupe-circuit pour le pilote, prévision météo et moyen de communication font partie du matériel de pêche, pas des accessoires.
Détecter la touche, ferrer sans déchirer et garder sa prise
Une touche de calmar est souvent discrète. Vous pouvez ressentir une lourdeur soudaine, une résistance élastique, une vibration très douce ou, au contraire, constater que la bannière se détend anormalement à la descente. La tresse aide à lire ces signaux, mais l’observation de la ligne compte autant : gardez toujours un peu de contact sans bloquer la turlutte.
Quand vous suspectez une prise, relevez la canne dans un geste ferme mais progressif, puis maintenez une tension constante. Ne frappez pas brutalement. Le calmar est retenu par les tentacules sur la couronne ; un ferrage violent, une bannière détendue ou une traction précipitée peuvent le faire décrocher.
Ramenez-le à cadence régulière, sans le pomper. À la surface, utilisez l’épuisette plutôt que de le soulever au bout de la ligne, surtout depuis un quai élevé. Orientez-le loin de vous et des autres : il peut projeter de l’encre. Une fois au sol ou dans l’épuisette, décrochez-le avec une pince, en tenant la turlutte et non les aiguillons.
Si les suivis se multiplient sans capture, ralentissez avant de changer tout votre matériel. Diminuez l’amplitude des tirées, prolongez les pauses, changez de couche d’eau ou présentez une turlutte plus petite. Si vous ne sentez rien malgré une activité visible, contrôlez d’abord votre ligne : nœud abîmé, tresse vrillée, bas de ligne trop court ou turlutte qui descend mal sont des causes fréquentes.
Réglementation, sécurité et conservation : les réflexes à adopter
La pêche maritime de loisir est encadrée par des règles qui peuvent changer selon le littoral, les ports, les réserves et les arrêtés locaux. Ne présumez jamais qu’un quai est pêchable : certaines installations portuaires, zones de baignade, chenaux, réserves naturelles et aires marines protégées interdisent ou limitent l’activité. Renseignez-vous avant la sortie auprès de l’autorité portuaire, de la capitainerie, des affichages locaux ou des services compétents.
Les tailles minimales, périodes de fermeture ou limites de prélèvement ne sont pas uniformes partout pour les céphalopodes. Lorsqu’une règle locale existe, elle prévaut. Même en l’absence de seuil affiché, prélevez seulement des individus que vous consommerez et relâchez immédiatement toute prise dont vous ne voulez pas garder la responsabilité.
Pour la consommation, refroidissez vite les calmars conservés. Placez-les dans une glacière avec des pains de glace, idéalement séparés de l’eau de fonte, et nettoyez-les dès le retour. Ne les laissez pas plusieurs heures dans un seau au soleil. Une chair fraîche doit être ferme, humide, avec une odeur marine légère ; au moindre doute sur la conservation, ne la consommez pas.
Rincez les turluttes, la canne, le moulinet et l’épuisette à l’eau douce après chaque sortie. Ouvrez légèrement le frein pendant le rangement, séchez le matériel et inspectez la pointe des aiguillons ainsi que le fluorocarbone sur les derniers 50 cm. Une ligne râpée sur une moule peut coûter la touche de la soirée suivante.
Vos questions
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure heure pour pêcher le calamar ?
Quelle couleur de turlutte choisir pour le calamar la nuit ?
Comment savoir si un calamar a pris la turlutte ?
Peut-on pêcher le calamar depuis une plage ?
Pourquoi je ne prends pas de calamar alors que je vois des poissons ?
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